Vêtements et significations

Véritable arme de séduction à la fois mondaine et politique, la toilette de Marie-Antoinette est un vaste sujet d'étude. De la hauteur de la coiffure, en passant par le si précieux et tristement célèbre collier via les robes fastueuses aux noms et aux couleurs non moins époustouflants, la toilette royale fut - à mon sens - le moyen de communication le plus efficace de la couronne.

Baudrillard, comme Derrida, s’entendent sur la définition ( certes partielle ) du vêtement. Ils le décrivent comme un «signe de communication non-verbale qui puise son sens dans le contexte dans lequel il est porté ».

Pour Baudrillard, « l’objet-devenir, le signe, ne prend plus son sens dans les rapports concrets de deux personnes. Il présume de son sens dans ses relations différentielles avec les autres signes ». Ceci fait du vêtement ( objet-devenir ) un signe autonome, qui prend son sens par rapport aux autres, ce qui fait de l’ancien Versailles un endroit d’échanges textiles mondains ; symboliques ou farouchement revendicateurs…

Pour Derrida, le signe se révèle par son « indécidabilité » ; son caractère culturel, créatif et communicatif, à la fois insignifiant, trompeur et éphémère. Ceci fait de la parure royale une arme triplement efficace, mais aussi triplement fatale ( à l’instar du collier qui causera partiellement sa perte ).
Le vêtement est « culturel », comme le montrent les multiples représentations de Marie-Antoinette, tantôt en chasseuse, tantôt en bergère, tantôt en tenue « domestique » entourée des enfants ( merci Vigée-Lebrun ). Mais il permet aussi aux écrivains d’écrire au sujet de Marie-Antoinette ( Le Collier de la reine, par Alexandre Dumas).
Il est aussi « communicatif » dans la mesure où il permet d’entretenir des discordes ou de resserrer des amitiés, à l’échelle du château mais aussi du monde (on connaît les reproches de Marie-Thérèse à ce sujet ).
Il est enfin « éphémère ». Peut-on affirmer que Marie-Antoinette, aiguillée par Rose Bertin, a « inventé » la notion de haute-couture ?

Bref, le vêtement de la reine est une revendication « identitaire ». Il crie un féminisme et une autonomie exacerbés ( qui la condamneront et scelleront sa perte ), une identité féminine toujours renouvelée ; à la fois « reproductrice » ( quelle courtisane n’a pas été sa rivale ? Quel couturier, aujourd’hui, n’a pas – de près ou de loin – créé des robes dans la grande tradition de Rose Bertin ? De là, l’idée de « costume », à la fois facteur de mascarade et représentation, et l’on sait les goûts de la reine pour le théâtre et le déguisement ! ) et « révolutionnaire » ( Marie-Antoinette est sans doute l’une des premières figures révolutionnaire de France !).
De ce fait, on peut se demander qui on a guillotiné : la figure royale ou la femme libérée ?
Dernière mise à jour de cette page le 21/04/2006

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